L’histoire a commencé il y a quarante ans.
À l’âge de 8 ans, Thomas découvre dans un numéro de “Pif Gadget” un sachet de graines de dionée… « Elles n’ont jamais germé ! ». Un intérêt pour ces végétaux hors du commun était né. À 15 ans, il achète son premier spécimen et commence à bâtir ce qui deviendra au fil des années une véritable collection botanique. Ce qui l’a d’emblée fasciné : le mouvement. Dans un monde végétal souvent perçu comme immobile, ces plantes déploient des pièges actifs qui se referment sur leurs proies.
Une soixantaine de Sarracenia et des spécimens rares
Aujourd’hui, sa collection compte de nombreux spécimens : Sarracenia pour la plupart mais aussi Drosera, Dionaea, ou encore l’étonnante Darlingtonia. Sa pièce maîtresse reste un hybride d’exception : le Sarracenia “Wilkerson’s White Knight”, un cultivar très recherché par les collectionneurs et répertorié par l’International Carnivorous Plant Society (ICPS). Comment désigner un tel amateur ? Faute de terme officiel dans le dictionnaire, le mot “entomophagophytophile” (littéralement : l’amateur de plantes qui mangent des insectes) fait partie des néologismes proposés pour qualifier cette spécialité.
Un entretien exigeant et rigoureux
Derrière la rareté de ces espèces se cache une culture pointue. Ce sont des plantes tempérées qui nécessitent un substrat pauvre et acide, une humidité constante au niveau des racines et un arrosage exclusivement réalisé à l’eau de pluie ou déminéralisée. En hiver, un repos au froid de deux à trois mois leur est indispensable. En milieu naturel, ces végétaux capturent seuls les insectes pour compenser la pauvreté du sol en minéraux. Il est toutefois possible d’intervenir ponctuellement à la pince pour alimenter certains pièges. La scène la plus inattendue observée chez lui est la capture d’un petit lézard !
Des espèces protégées bien présentes dans l’Aisne
Thomas aime aussi rétablir quelques vérités : « on devrait plutôt parler de plantes insectivores car elles ne consomment pas de viande ». Elles ne remplacent pas non plus un insecticide dans une maison et restent inoffensives. Le grand public l’ignore souvent, mais ces végétaux existent aussi à l’état sauvage dans le département. Le Drosera à feuilles rondes (Drosera rotundifolia) s’épanouit notamment dans les tourbières de la Vallée de la Souche ou sur les contreforts du massif de Saint-Gobain. Des milieux fragiles où ces espèces sont strictement protégées : il est donc totalement interdit de les cueillir ou de les prélever.
La photographie comme fil conducteur
Pour ceux qui souhaiteraient débuter, le conseil reste simple : achetez une plante en jardinerie, rempotez-la rapidement dans de la tourbe blonde et veillez à ce que le substrat reste constamment humide. L’eau du robinet est à bannir. Peu enclin aux salons ou aux expositions publiques, Thomas préfère documenter sa collection à travers la macrophotographie. Ses clichés, qui mettent en lumière les détails et la structure de ces pièges végétaux, sont visibles sur sa page Facebook : @thomas trueba.



